Ben Brown - L'interview de l'illustrateur de Best Left Burried
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Ben Brown - L'interview de l'illustrateur de Best Left Burried

Découvrez Ben Brown l'illustrateur derrière les monstres terrifiants du jeu de rôle d'horreur fantastique OSR Best Left Burried.

Bonjour Ben et merci d'avoir accepté cette interview.
Peux-tu te présenter et nous parler de ton parcours ?

BB : Merci de m'avoir proposé cette interview ! Pour me présenter, je suis un illustrateur originaire de Nottingham mais basé en grande partie à Londres maintenant, travaillant principalement avec mon ami et partenaire de longue date Zach (@Jellymuppet) au sein de SoulMuppet Publishing. J'ai toujours dessiné, notamment beaucoup de dessins et autres illustrations pour des journaux lorsque j'étais étudiant ; cependant, il est vrai que travailler sur Best Left Buried et nos autres jeux depuis 2018 a été mon "grand tournant" et m'a permis de développer un style particulier.

Quelles sont tes principales sources d’inspiration ?
Quelles sont tes œuvres préférées, tous médias confondus ?

Je puise dans des sources diverses mais, pour la composition et le “look”, ce sont les œuvres de Francisco Goya, William Blake et Gustave Doré qui me viennent en tête. Pour remonter plus loin dans le temps, je crois que toute mon approche de l’art provient en grande partie d’une obsession adolescente pour les peintures de Francis Bacon, que je continue d'entrevoir dans ma façon d'aborder le trait et qui, j’ose le dire, est tout à fait appropriée pour Best Left Buried. En dehors de la peinture, je m’intéresse particulièrement aux films d’horreur de David Cronenberg, bien que je ne sache pas si c’est parce qu’ils contribuent à mon esthétique ou parce que ma sensibilité esthétique me les rend attrayants.

Je vois que tes références sont de grands artistes dans le domaine de l’art classique.

Mon ressenti est à voir également du côté de Warhammer avec John Blanche, Dave Gallagher, de Kentarō Miura pour le manga, des comics Heavy Metal et 2000AD, des films comme The Thing, La Chair et le Sang, Black Death, Mad Max, Conan the Barbarian, des écrivains avec H.P. Lovecraft, Clive Barker et Michael Moorcock et la série des Dark Souls pour les jeux vidéo, …  
Qu’en penses-tu ?

J’aurais dû mentionner l’Art de Warhammer, en particulier le 40k, car c’est certainement une de mes influences les plus fortes : je possède un livre sur l’Art de 40k depuis longtemps et je me souviens qu’adolescent, j’essayais tout le temps d’imiter le style de John Blanche, en particulier ses croquis à la plume et au lavis. H.P. Lovecraft aussi, cela va de soi au vu du sujet ; même si j’estime que je ne dois pas simplement me contenter de reproduire des Horreurs Cosmiques. Je n’ai pas encore vu The Thing, bien que je pense être influencé par ce film, ayant été traumatisé par les clips ou les photos du film quand j’étais enfant.

Quelle est ta motivation derrière ta démarche artistique ?

Il est difficile de répondre précisément car je pense que créer des choses est une pulsion vraiment essentielle pour moi et probablement une pulsion humaine fondamentale, ou du moins elle devrait l'être considérée comme telle. J'ai remarqué que mon estime personnelle se dégrade si je ne dessine rien pendant plusieurs jours. Je considère aussi que c’est une forme d’amélioration de soi ; plutôt que de traiter mon art comme une inspiration pure, sans influences ou quoi que ce soit d’autre, je le vois comme quelque chose qui s’est constamment amélioré, de façon palpable au fil des ans, quelque chose dont je peux être fier.

Un ‘mandelabra’ tiré de l'aventure ‘Touch of the Beast’, publiée par SoulMuppet, basée sur la France du 18ème siècle et écrit par Roll4Tarrasque

Tu injectes également une bonne dose d’humour noir, avec ces situations parfois grotesques, mélangées à des éléments sombres et sinistres.
Comment qualifies-tu ton style graphique ?

Je ne sais pas exactement comment classer mon style, mais je pense qu’il doit certainement beaucoup à mon travail de dessinateur de journaux; bien que le sujet soit souvent assez noir,  je vise souvent un certains réalisme, il est aussi censé être "sombrement drôle", je pense que mon style doit reflète cela.

Quels sont tes outils et tes logiciels ?

Je suis très low-tech : je travaille au stylo fineliner par défaut et je peins en couleur avec des encres indiennes. Je peaufine souvent mon dessin sur GIMP 2, donc je peux dire que j’utilise ce logiciel plus pour corriger plutôt que pour créer de l’art !

Peux-tu nous partager une photo de ton environnement de travail ?

Es-tu un Joueur de Rôle ?
Si oui, quels sont tes Jeux de Rôle favoris ?

Il se trouve que j’ai commencé à SoulMuppet Publishing sans aucune expérience des jeux de rôle et que je n’ai pas vraiment beaucoup joué, bien que je me sois trouvé de plus en plus embarqué dans des parties, notamment en raison du confinement. On m’a fait savoir que de ne pas être totalement impliqué dans ce monde des JDR pouvait servir mon art, dans la mesure où je n’ai pas vraiment d’idées préconçues sur ce que sont les monstres/personnages/scénarios typiques que l’on trouve dans une aventure. Best Left Buried essaie de faire en sorte que les Doomsayers (c’est-à-dire les MJ) inventent leurs propres monstres issues des profondeurs sombres de la crypte, sans les nommer. Mes illustrations, je l’espère, reflètent cela.

Un JDR du style de Best Left Buried doit être stimulant pour générer de nouvelles idées ?

C’est vraiment le cas : j’espère que mes illustrations n’illustrent pas seulement, disons, les aventures que les gens pourraient avoir, mais qu’elles sont des inspirations pour des scénarios auxquels ni les joueurs ni les Doomsayers ne s'attendent. De plus, Zach et nos autres fantastiques écrivains proposent des aventures qui me poussent à générer des idées dont je n’aurais jamais été capable seul.

Comment en es-tu arrivé à travailler sur le jeu Best Left Buried ?

Zach Cox est un de mes amis d’école ; il y a deux ans, il m’a invité à rejoindre SoulMuppet Publishing en tant qu’illustrateur, avec le lancement de son livre Best Left Buried comme gamme principale.

Peux-tu décrire votre processus ou vos étapes de création ? Comment travailles-tu avec Zach Cox ?

Zach m'envoie ses besoins pour les dessins, de telle ou telle taille, sur fond blanc ou noir, et les sections du livre qu’ils illustreront (en gros). Parfois, les exigences sont très spécifiques et d'autres fois le besoin est de remplir un espace.
Je commence généralement par esquisser une composition au crayon, juste pour saisir ma première réaction au brief ou pour tester des idées ; ensuite seulement, je fais des recherches appropriées. Par exemple, pour l'illustration récente d’une sorcière pour une aventure écrite par Pam Punzalan débloquée dans la campagne de Best Left Buried : Deeper , j’ai commencé par esquisser simplement la pose qui m’est venue avant de faire des recherches pour trouver le bon look de sa tenue métallique si particulière inspirée de la Porte de l’enfer de Rodin.

Quelle est ton œuvre préférée ?

Personnellement, ma pièce préférée est simple, elle est issue de The Hunger from Darkling Seas of Islesmere, écrit par Nick Spence. Ce n’est pas le travail le plus élaboré que j’ai fait, ni le plus éblouissant en soi, mais j’ai l’impression d’avoir créé quelque chose qui incarne bien l’esprit de cette aventure, l’horreur impitoyable et implacable.

The Hunger from Darkling Seas of Islesmere

Au-delà des dessins, sur quels autres aspects du jeu as-tu travaillé ?

Le contenu de Best Left Buried est la création de Zach, bien que j’aie imaginé Mothbear qui hante le tumulus dans Lord Edmund’s Barrow dans l'exemple de donjon inclus dans le Doomsayer’s Guide to Horror. Un certain nombre des aventures de A Doom To Speak, une collection de zinis Best left Buried, sont écrites autour de monstres que j’ai imaginés, par exemple les grottes marines des Octoclopes. Beneath the Missing Sea, un livre d’aventures se déroulant dans le bassin Andrussien asséché, a été écrit par l'extraordinaire Sam Sleney ; je m’attribue le mérite d’avoir créé les Angler Goblins, qui figurent sur la couverture. En résumé, j’ai contribué au processus créatif des jeux par l’illustration et la représentation des idées des écrivains.

Je vois tes illustrations comme une véritable aide de jeu pour BLB, elles lui confèrent de l'uniformité, c'est comme une signature.

Les réactions émotionnelles générées par les monstres rendent également tes illustrations assez dérangeantes par rapport aux jeux de fantasy habituels. Tu te concentres sur le sentiment de peur tout comme le jeu. Comment travailles-tu pour obtenir cet effet ?

Merci ! Je suppose que, pour revenir aux influences de Francis Bacon mentionnées ci-dessus, j’ai développé un style artistique assez sombre qui tente de faire ressortir la peur et l’angoisse. Les lignes verticales étendues des portraits des papes de Bacon sont probablement ce à quoi je me réfère le plus mentalement ; les textures rugueuses donnent l’impression que la peau est tendue et se déchire de terreur et de peur. Je ne suis pas si extrême dans mes illustrations, mais je cherche à transmettre la peur avec des contrastes saisissants entre des zones de lumière et d’obscurité impénétrable, des visages déformés, des éclaboussures de terre et de sang et, souvent, une représentation ambiguë de la taille (comme pour les statues qui apparaissent dans le noir dans l’illustration de la crypte, qui pourrait être soit de la taille d’un bâtiment soit de la taille d'une montagne).

Je remarque dans les règles que beaucoup d’illustrations forment une histoire avec des personnages récurrents. Comment les avez-vous conçues ? Sont-ils tous vraiment morts ?

Les personnages sont nés de façon assez organique ; j’ai commencé par un groupe relativement générique dans mon esprit, puis j’ai réalisé qu’au fil des versions, je pouvais construire leurs personnalités et les rendre plus variés et intéressants, avec par exemple Albert Du Lac un guerrier cuirassé dont l’âme sera néanmoins brisée par la crypte et Lillian la Blanche notre héroïque sorcière qui rencontrera une mort très peu héroïque. Quant à savoir s’ils sont morts… disons simplement qu’il y a des chemins infinis à travers la crypte menant à des destins infinis et horribles, et les tristes circonstances dans lesquelles se trouvent Lillian, Alberd, Osford et Carris sont comme des prémonitions provoquées par la noirceur exaspérante et impitoyable qui mènent à des morts réelles et définitives :)

As-tu collaboré à d’autres jeux ?

Pas beaucoup, à part les projets mentionnés ci-dessus ; j’ai cependant illustré pour quelques zinis de bienfaisance.

As-tu des conseils ou des bonnes pratiques à partager avec ceux qui voudraient se lancer dans la conception, la publication ou l’illustration de jeux de rôle ?

Je dirais simplement qu’il m'a fallu beaucoup de persévérance et – surtout – celle de Zach pour faire de Best Left Buried un succès. Il est clair qu’il faut un travail de longue haleine pour se créer son réseau et faire partie intégrante de la communauté des éditeurs de JDR, cela a été un facteur important du point de vue du marketing. De mon point de vue, je pense que l’amélioration de mon style artistique a nécessité non seulement un travail sur le long terme mais aussi un certain degré d’humilité – il faut être prêt à accepter la critique et à faire des changements progressifs, pas à pas. J’ai également appris qu’il faut trouver l'équilibre entre aller lentement pour éviter de faire de grosses erreurs et pouvoir s'appliquer dans son travail tout en étant assez rapide pour saisir correctement une idée ou une atmosphère.

Quelles sont tes activités actuelles et tes projets ?

Actuellement, je travaille sur l'illustration de Best Left Buried : Deeper, qui propose plein de nouveaux contenus et une mise en page améliorée. Quant aux futurs projets de SoulMuppet : je ne sais pas si c'est considéré comme un secret, mais je pense pouvoir annoncer que nous envisageons de produire une aventure de science-fiction basée sur le moteur de Best Left Buried, tout en conservant le même ton sombre ! J’ai hâte d’étudier John Blanche en détail pour m'y préparer.

La Magister Thralia et Aknamelion, illustration pour une prochaine aventure de SoulMuppet écrite par Gav Thorpe

Y a-t-il quelque chose d'autre que tu aimerais partager avec nous ?

Travailler pour SoulMuppet a été l’une des meilleures choses de ma vie et m’a permis de continuer à dessiner et à m’améliorer à des moments où j’aurais pu laisser mes compétences se dégrader. Je suis si heureux de la popularité mondiale de Best Left Buried, et peut-être aussi de mes illustrations – que cela dure longtemps !

Où peut-on te trouver sur les Internets ?

Soulmuppet a un site web et une boutique en ligne où vous pouvez découvrir nos productions et une grande partie de mes dessins. Je gère également le compte Instagram SoulMuppet, via lequel je publie des illustrations et des travaux en cours. Si vous souhaitez vous tenir au courant de ce que je fais, n'hésitez pas à me suivre ! Sinon, j’ai un portfolio personnel où vous pouvez voir une sélection de mes travaux.

Merci encore pour cette interview.  
Tes illustrations sont pour moi une composante majeure de la conception du jeu. C’est la porte d’entrée la plus rapide et la plus efficace pour comprendre son atmosphère immersive bien sûr, mais surtout son esprit.

Merci de me l’avoir proposée, cela a été une expérience intéressante de formuler mes pensées pour cette interview. Et merci pour ton aimable commentaire : je suis heureux que tu trouves que mon travail participe à l’expérience Best Left Buried.